Dictionnaire Kikongo/Kituba - Français
Nous
présentons ici un dictionnaire polyvalent, donc composite et hétéroclite, mais surtout comparatif, de tous les vocables Kikongo que nous connaissons, la plupart par expérience personnelle, beaucoup aussi par la consultation de nos auteurs
préférés, qui sont le R. P. René BUTAYE (Dictionnaire Kintandu, Roulers 1910: nous le complétons et le rééditons) et le méritant Dr Karl LAMAN (Dict. Kikongo - environ 17 dialectes! - Bruxelles 1936). On n'a pas pu nous procurer à temps les excellents travaux Kintandu de feu le P. POLIS, S. J., ni même le Kindibu du P. Léon DEREAU, Rédemptoriste.
Une vingtaine de dialectes Kongo
Les parlers Kongo se répartissent en une vingtaine de dialectes, les uns au Congo (Zaïre), les autres chez ses proches voisins du nord (Congo Brazzaville) et du sud (Angola). Si les missions chrétiennes ont donné une large expansion au Kindibu (Matadi) et au Kintandu (Kisantu), elles n'ont pu assurer à ces formes classiques une audience véhiculaire, qui semble dévolue aujourd'hui à l'ancien Fiote ou Kituba de Cabinda, régénéré en Kikwango (plaisante approximation!) ou Ikele-ve, et devenu Kikongo ya Leta.
En 1953, à l'occasion de l'arrivée des Pères SVD à la
préfecture apostolique de Kenge, nous avons fait paraître à Bandundu un lexique Kikongo simplifié-Français, qui fut la première publication consacrant la reconnaissance du Kituba comme langage commun du Kwilu. Acte de bon sens ou de bon cœur, parfois d'humoriste, plutôt que de linguiste!
L'expansion et l'importance de ce Kikongo.
Aujourd'hui, l'expansion et l'importance de ce Kikongo commun, répandu presque sous la même forme au KwangoKwilu et dans les ports et cités du Bas-Congo, ne peuvent plus être niées par personne. Mais ses barbarismes révulsent les Kongo et les enseignants spécialistes du Kindibu, du Kintandu ou autres parlers Kongo régionaux. Nous ne juxtaposons le pur et le bâtard que pour faciliter, par l'ordre alphabétique, les recherches dans un ouvrage destiné à la consultation dans des secteurs très différents; et pour éviter toute confusion entre idiomes tribaux traditionnels et Kituba ou " lingua franca" , nous recourons aux
précautions suivantes.

Jeunes du diocèse de Kenge d'expression kikongo ya leta.
REFERENCZS GEOGRAPHIQUES
a) De l'Océan à la rive gauche du Kwango: terroirs Kongo selon LAMAN. A noter toutefois que la contrée située entre le chenal du Congo, le Kwa et le bas Kwango, peuplée de Mfunuka, gérée jadis par le territoire de Mushie, est dans l'aire du Lingala. Kikongo pur et Kituba voisinent dans les ports, les gares, les centres.
b) Entre-Kwango-Loange: zone principale du Kituba (kiKwango). Les peuples dont le nom n'est pas mis entre parenthèses l'utilisent ou le comprennent. Au Sud, plusieurs parlent des idiomes Kongo proches du Kintandu, surtout dans le diocèse de Popokabaka (Yaka, Lunda-Luwa, Pelende, Suku). Consulter à leur sujet le lexique Yaka-Français du Père Ruttenberg, S.J. (Kinshasa 1968).
Sigles renvoyant aux parlers régionaux:
E. (Est): Kintandu, ou haut-Kikongo oriental. Le sigle "Inkisi" désigne du Kimpangu.
W. (Ouest): Kindibu, ou bas-Kikongo occidental. Il englobe tout C et partiellement S.
S. (Sud): Kindibu méridional, langue de Kongo di ntofila (San Salvador en Angola, dict. Du rév. Bentley). Elle chevauche la frontière Zaïre-Angola vers,Matadi. Nous mettons sous S. également le SE. (Sud-Est) de Laman: Kimbata et Kizombo, dialectes qui diffèrent l'un de l'autre.
C. (Centre): Kinsundi du Kongo Central, englobé dans le Kindibu (Mbanza Ngungu, Tumba, Luozi).
Y. (Mayombe): Kiyombe et ses significations particulières selon le P. Bittremieux, dont Laman copie simplement les textes néerlandais. Nous les traduisons en français.
N. (Rive Nord de l'estuaire): idiomes de Cabinda, enclave angolaise: Kakongo (souche du Kifioti ou Fiote créole), Kimboka et Kindingi. L'orientation suggérée par N. Est ambiguë par rapport à Vi. Ou NW.
Vi. (Bavili): Kivili, sur la côte, de Pointe - Noire au Gabon.
NW. (Nord-Ouest): Kikunyi séparant le Kivili du Kibêmbé.
NE. (Nord-Est): Kilâri (Brazzaville), vocabulaire spécialement développé dans notre étude.
Bè. (Bêmbé): Kibêmbe du plateau Muyondzi entre région Kunyi et contrée Lâri.
Kw, (Kikwango): aussi Kikwilu et Kitâa occidental, opposé au sigle Kg. (Kikongo correct), auquel il prend toutefois sa base linguistique Kongo,
METHODE POUR EMPLOYER CE VOCABULAIRE
Chacun devra s'adapter à la façon de parler ou écrire du milieu où il doit vivre, et trouvera les manuels nécessaires sur place (écoles, missions), ainsi qu'un personnel capable de le renseigner. Il a toutes les chances de trouver le sens français des mots dans ce dictionnaire complexe qui résume les enseignements du Dr LAMAN, réédite le Kintandu de BUTAYE, ainsi que notre Kikongo SIMPLIFIE (Bandundu 1953) auquel nous avons ajouté la récolte Kituba d'une vingtaine d'années de recherches supplémentaires. N'oublions pas qu'on se rend ridicule en parlant Kituba chez les vrais Bakongo.
1. Pourparler un Kikongo authentique, il faut recourir aux auteurs devenus classiques, et étudier leur grammaire. Pour le Kintandu: Dict. Et Gran-un. " congolais" du P. René BUTAYE, Roulers 1910. Plusieurs abrégés et méthodes. Pour le Kindibu méridional: Dict. Et gramm. Kikongo du Rév. BENTLEY (Londres 1895). Kindibu i.g.: publications du P. Léon DEREAU, Rédemptoriste. Le Dr LAMAN codifie et compare environ 17 dialectes. On nous assure que la firme GREGG de Londres fournit aux amateurs des tirages de LAMAN et de BENTLEY. Le Kilâri nous paraît très proche du Kintandu. Pour le Kiyombe consulter les études du P. BITTREMIEUX de Scheut, publiées en néerlandais.
2. Kituba ou Kikongo ya Leta: il est plus facile à apprendre qu'un Kikongo de bon aloi. Voir le " mode d'emploi " de notre Kikongo SIMPLIFIE (Bandundu 1953).
BASIC COURSE Kituba - anglais de MM. Swift et Zola (Washington, Foreign Serv. Instit. 1962).
Kikongo (ya Leta) - français-anglais du Dr Harold W. FEHDERAU (Kinshasa, LECO, 1969).
Nous admirons sans réserve ce remarquable dictionnaire, et y relevons l'opinion de l'auteur, assurant qu'il ne manque plus grand-chose à cette façon de parler pour devenir une vraie langue. On trouvera l'équivalent de son vocabulaire (avec toutefois moins d'expressions verbales composées, mais en revanche quelques vocables inédits du Kwilu) dans le
présent ouvrage. Nous avons pour notre part écrit les mots dérivés du Français à la Zaïroise. C'est sans importance, et ce procédé peut faciliter la recherche de mots trop déformés.
Dans l'intérêt des non-spécialistes, nous avons adopté l'orthographe courante, sans alphabet Westermann ni doubles voyelles. Nous remplaçons ces dernières par l'accent circonflexe, en attirant l'attention des usagers sur la valeur sémantique de cet allongement.
ACCENTS TONIQUES ET TONALITES
En dépit de l'avis de certains linguistes, en Kikongo, il n'y a pas correspondance entre l'accent tonique principal (le plus lourdement scandé) et le ton le plus aigu. Nous notons les tonalités dites musicales, les basses, émises en voix de poitrine ou profonde, par un accent grave('), les hautes, produites du haut de la bouche ou en voix de tête, par un accent aigu ('). Cela n'a rien à voir avec ce coup d'émission plus percutant de voix ou scandement qu'on appelle accent tonique, sauf sur le second accent tonique des mots longs dont on scande deux syllabes, qui est nécessairement aigu quoique martelé plus faiblement.
Toujours sur la première voyelle du radical se place l'accent tonique principal
L'accent tonique principal se porte toujours sur la première voyelle du radical. Dans les mots courts, le sens de ce radical change suivant que cette voyelle est émise en note grave ou aiguë, bien qu'on scande l'une et l'autre par uncoup de voix analogue. Ainsi Sònga signifie " être droit, juste, vrai", mais Sônga se traduit par montrer. Dans les deux cas, o porte l'accent tonique, également scandé, mais dans le premier son ton musical est grave avec une résonnance de poitrine, et dans le second, il est émis aigu par voix de tête. Il en va de même pour
zìnga vivre) et zìnga (entourer). Le cas se complique lorsqu'on emploie des suf fixes. Sòngila: être juste par rapport à, ou vrai, exact à cause de. Sóngila, signifiant au contraire montrer à, pour, avec. LAMAN rend ce phénomène par un a ccent uni, monocorde, qu'il exprime par une petite barre horizontale sur le o; en fait, les Kongo font ressortir parfois même davantage le ton aigu du radical primitif (Sônga: montrer) en formant à l'applicatif Séngilà et au passif Sóngàmà (être montré), alors que Sòngàmà exprime l'état de rectitude, de redressement. Pourtant sur ces 3 syllabes il n'y a d'accent tonique que sur ò ou 6.
'accentuation secondaire
Les voyelles à ton aigu sont souvent les premières d'un suffixe verbal, marquant une nuance de causalité, d'application à, de réciprocité ou quelque autre; c'est la hauteur du ton qui rend musicalement l'insistance de l'orateur sur cet appendice causal, applicatif, réciprocatif, etc., mais dans les verbes à trois syllabes cette note aiguë ne porte pas d'accent tonique, celui-ci étant réservé à la voyelle principale du radical. En revanche, dans un verbe plus long, la voyelle portant le premier et plus vigoureux accent tonique, comme dans Sòngidila (indiquer à qqn. Au moyen de), est plus basse de ton (quoique scandée plus fort) que l'accentuation secondaire. Si celle-ci porte aussi un accent, et toujours en ton haut, c'est pour marquer le redoublement bien intentionnel d'un suffixe. Comparer de même kàngila et kàngidila. L'un et l'autre sont scandés énergiquement sur kà-. Mais Kàngila n'a que cet accent tonique du radical; son í monte de ton mais sans être enflé par le volume de la voix; tandis que Kàngidila, où la première application en -ila est doublée en -idila pour signaler un second élément relatif, porte sur di à la fois un ton aigu et un accent tonique secondaire.
Les débutants doués d'une ouïe fine adoptent d'instinct ce double système comportant deux procédés différents, l'un de volume, l'autre de note musicale, qui permet au Kikongo d'exprimer clairement des relations d'idées nuançant à l'extrême, par ce merveilleux jeu de suffixes simples ou doubles, l'expression complète de la pensée. Parfois la note musicale est délibérément monocorde, toute en ton haut, ou toute en ton bas,pour marquer un sentiment de profondeur, monotonie, amertume, enlisement, etc. Il y a aussi des allongements sur les finales pour marquer la durée, la distance, l'éloignement, C'est le côté proprement expressif des tons, et il arrive parfois qu'on déplace l'accent tonique au profit d'une désinence de ce genre, comme dans kùnááá : làbas tout au loin. Nous ne pouvons ici approfondir ces détails, qui lassent les noninitiés. Les mots français restent accentués à la française.
Pour indiquer les tons graves et aigus, nous avons recouru au procédé du Dr FEHDERAU, de
préférence à celui beaucoup plus compliqué du Dr LAMAN, qui
préconise des tons aigus, bas, moyens ou unis, et aussi des flexes montantes ou descendantes. Cette étude dépasse ce qui nous reste de forces, et nous souhaitons la voir menée à bien par notre confrère le P. DAELEMAN, spécialiste actuel des tons en Kikongo.
Merci au CEEBA qui assume la plus grand part des frais de ce volume, et aussi à la Province S.J. Du Zaïre (Congo) pour l'apport de subsides qu'elle y a joint. Merci à tous nos informateurs, et spécialement à ceux des Emissions mondiales de l'I. N. R., les aimables ménages Monseur et Mignon, qui nous ont tenu au courant de l'évolution du Kituba moderne.
Une contribution pécuniaire substantielle au coût de la
présente publication nous a été offerte, lors de la célébration du cinquantenaire de notre entrée en religion, par les sympathisants de notre famille et de nos connaissances, notamment par les paroisses bruxelloises de l'Annonciation et de Ste-Alène. Ces témoignages d'affection, aussi généreux que désintéressés, ont été pour nous le plus beau des cadeaux jubilaires.
Nous dédions ce dictionnaire aux nombreux amis zaïrois (congolais) qui nous ont enseigné leur langue, tant à Kisantu qu'à Bandundu, Kikwit ou Masi-Manimba. Puisse-t-il leur apprendre l'estime que nous portons à leur culture africaine si digne de notre humanité, leur rappeler la profonde sagesse de leurs ancêtres qu'ils ont bien fait de livrer à notre admiration personnelle, et que nous sommes heureux de révéler à un large publie, dans l'espoir de rendre service à tous.
Croyez, chers Anciens, au fidèle et affectueux souvenir de votre vieux "Père Pierre".
Pierre Paul Swartenbroeckx, Dictionnaire Kikongo/Kituba - Français
ceeba III, 2 815 pp
Diffusion:
Hochegger@steyler.at