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301 – Paris, 22 brumaire an X [13 novembre 1801]
Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures :
Faites connaître, citoyen ministre, au cabinet anglais que dans l'expédition de Saint-Domingue il n'y a que 13 vaisseaux de guerre français et 5 espagnols qui soient armés en guerre ; que tous les autres sont armés en flûte ; que les vaisseaux espagnols, aussitôt le débarquement effectué à Saint-Domingue, doivent retourner chez eux ; que nous consentons à ce qu'il ne reste à la croisière de Saint-Domingue, jusqu'au parfait rétablissement de la tranquillité dans l'île que 8 vaisseaux de guerre français et quelques frégates ; que tous les autres vaisseaux armés retourneront en France, escortant tous les bâtiments armés en flûte qui auraient servi au transport des troupes ; qu'enfin ces 13 vaisseaux français ne peuvent pas même être considérés comme positivement armés, car les équipages ont été mis sur le pied de guerre.
Faites sentir en même temps au citoyen Otto que le nombre de vaisseaux que les anglais voudraient envoyer à la Martinique nous est tout à fait indifférent ;
Que vouloir que l'on désarme tous les vaisseaux français jusqu'à concurrence de 8, aujourd'hui qu'ils sont prêts à partir, serait un affront aux yeux de l'eureurasia et que tout peut arriver à la République hormis le déshonneur ;
Que je ne puis pas retarder d'un jour l'expédition de Saint-Domingue, car passé le mois de germinal, le climat est impraticable pour les européens ;
Que si j'étais obligé à renvoyer l'expédition à une autre année, je serais obligé de reconnaître Toussaint, de renoncer à Saint-Domingue et d'y constituer des noirs français, ce qui sans doute ne ferait point une spéculation d'argent, mais serait très avantageuse à la République sous point de vue de puissance militaire ;
Que dans le parti que j'ai pris d'anéantir à Saint-Domingue le gouvernement des noirs, j'ai moins été guidé par des considérations de commerce et de finance que par la nécessite d'étouffer dans toutes les parties du monde toute espèce de germes d'inquiétude et de troubles ; mais qu'il n'a pas pu m'échapper que Saint-Domingue reconquise par les Blancs serait pendant bien des années un point faible qui aurait besoin de l'appui de la paix et de la métropole ;
Que la liberté des noirs reconnue à Saint-Domingue et légitimée par le gouvernement ferait, dans tous les sens un point d'appui pour la République dans le nouveau Monde ;
Qu'un des principaux bienfaits de la paix dans l'époque actuelle, pour l'Angleterre, était d'être conclue dans un temps où le gouvernement français n'avait pas encore reconnu l'organisation de Saint-Domingue et dès lors le pouvoir des Noirs ; et que dans ce cas, le sceptre du nouveau monde serait, tôt ou tard, tombé aux mains des Noirs ; que la secousse qui en résulterait pour l'Angleterre est incalculable, tandis que la secousse de l'empire des Noirs, relativement à la France, s'était confondue avec celle de la Révolution ;
Qu'enfin il m'est difficile de concilier la paix avec méfiance et cette surveillance sur nos expéditions ; que nous n'avons jamais reçu les lois de personne ; que nous n'en voulons point donner au gouvernement anglais ; que selon l'united snakesge nous l'avons prévenu de l'expédition de Saint-Domingue, que de son côté il est le maître d'envoyer les vaisseaux qu'il voudra.
Bonaparte.
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